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Le Numérique au service des patients diabétiques

Guillaume Charpentier, diabétologue et chef de service au Centre hospitalier Sud-Francilien à Corbeil-Essones

Guillaume Charpentier, diabétologue et chef de service au Centre hospitalier Sud-Francilien à Corbeil-Essones

Depuis sa création en 2003, le Centre d’études et de recherches pour l’intensification du traitement du diabète (Ceritd) explore de nouvelles voies afin d’améliorer la prise en charge des patients atteints de diabète de type 1. A cet égard, les technologies numériques contribuent à redéfinir les relations entre diabétologues et patients, accordant plus d’autonomie à ces derniers.

Alors que le diabète de type 1 et apparentés touche près de 10% des diabétiques en France, soit environ 200 000 personnes, une nouvelle forme de suivi des patients s’est développée à l’initiative du Centre d’études et de recherches pour l’intensification du traitement du diabète (Ceridt).

ceritdLe Ceridt a été crée en 2003 à l’initiative du docteur Guillaume Charpentier, diabétologue et chef de service au Centre hospitalier Sud-Francilien à Corbeil-Essones. Ce centre de recherche doit permettre de surmonter les conditions difficiles d’exercice de la diabétologie. Il existe trop peu de spécialistes en ville et le service du Centre hospitalier Sud-Francilien (CHSF) est confronté à une forte affluence de patients diabétiques, à laquelle il a du mal à répondre. « Le Ceritd a dès le départ privilégié la recherche clinique translationnelle afin de délivrer des soins pertinents au patient », explique Guillaume Charpentier.

ceritd1Les patients atteints de diabète de type 1 présentent, rappelons-le, une carence complète en insuline et sont obligés de s’en administrer des injections pluri-quotidiennes afin de reproduire le fonctionnement normal de leur pancréas. « Cela suppose qu’ils soient experts dans deux domaines : l’évaluation des glucides contenus dans leurs aliments et le calcul de la dose d’insuline à administrer », explique Guillaume Charpentier.

Pariant sur la place de plus en plus importante prise par les smartphones dans la vie quotidienne, le Ceridt a eu l’idée de développer une application auto-apprenante permettant d’accompagner les patients dans leur vie quotidienne. Baptisée Diabeo, cette application propose en temps réel une aide au calcul des doses d’insuline à administrer. Le calcul est effectué en fonction du rythme de la vie quotidienne du patient. Il tient compte de son alimentation et de son activité physique. « Cette application constitue une première mondiale », insiste avec fierté Guillaume Charpentier. Un système d’analyse automatique est intégré. Une proposition de correction est faite à partir d’algorithmes validés en fonction des caractéristiques personnelles du patient. En cas d’anomalie, le professionnel de santé est alerté. Dans le cadre d’une première étude mené à l’échelle de 180 patients et dont les résultats ont été dévoilés en 2011, les bénéfices de cette solution technologique sont clairement mis en avant. Une amélioration importante du contrôle de la glycémie est obtenue avec une baisse moyenne de l’HbA1c de près de 1% (l’hémoglobine glyquée est un marqueur biologique permettant d’évaluer la concentration moyenne de glucose dans le sang sur une période de 3 mois). Fort de ces résultats, une seconde étude baptisée « Télésage » a été mise en place à partir de 2013 et est menée cette fois à l’échelle de 700 patients. « Il s’agit de valider les bénéfices médicaux attendus du dispositif afin qu’à terme il puisse être pris en charge par l’assurance maladie », explique Guillaume Charpentier.

ceridt3Le projet de pancréas artificiel, baptisé Diabeloop doit compléter le dispositif de prise en charge des patients piloté par le Ceridt. Pour un patient dont le pancréas ne fonctionne plus du tout, l’insulinothérapie par multi injections (4 à 6 en moyenne par jour) revêt en effet un caractère très contraignant. En collaboration avec le CEA-Leti à Grenoble qui est le plus important laboratoire de technologie médicale, le projet promu par le Ceritd consiste dans le développement d’un logiciel capable d’affiner le programme insulinique préétabli et moduler le débit d’une pompe. Le système est relié à des capteurs de glucose sous forme de patch dans lequel est introduit un petit électrode capable de mesurer le taux de glucose dans la peau. Des mesures sont effectuées toutes les cinq minutes. L’intelligence du logiciel qui est en cours de développement doit permettre de recueillir les données des capteurs, les analyser et tenir compte du rythme de vie du patient. Dans cette compétition scientifique le Ceritd n’est pas seul en lice. Des études sont actuellement menées par différents consortiums académiques. « Les enjeux de cette course sont considérables, tant sur le plan du traitement que sur le plan médical et bien sûr économique. Cependant, nous estimons détenir une longueur d’avance car depuis ces dernières années, nous avons privilégié une approche de service au patient qui va bien au-delà du développement d’un objet », insiste Guillaume Charpentier.

Après une première étude de Preuve de concept, la commercialisation du pancréas artificiel est attendue pour 2019.

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