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PRÉVENTION SANTÉ : Le Dossier de Soins Partagé DPS au Luxembourg

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Entretien avec Hervé Barge, Directeur Général de l'Agence Nationale ESanté au Luxembourg

Tout est parti de l’Agence nationale pour l’information partagée dans les soins de santé luxembourgeoise créée en 2010 et dont la politique est axée principalement sur la numérisation de son système de soins de santé. En proposant un dossier patient numérique, l’objectif poursuivi est de rassembler toutes les informations concernant la santé du patient, produites par divers intervenants : aussi bien le généraliste, le médecin spécialiste, que l’hôpital ou le laboratoire d’analyse et les soins à domicile. Accessible aux professionnels de la santé et le patient concerné, via un portail en ligne sécurisé, le DSP offre une gamme d’informations dont l’objet est d’améliorer la coordination de soins et de traitement. Il s’agit des synthèses médicales, d’analyses de laboratoires, des prescriptions médicales et des traitements prescrits, des histoires de cas, des rapports d’intervention chirurgicale, des comptes rendus de radiologie, d’examens d’imagerie médicale.

Ce DPS est destiné à favoriser la prévention, l’état de santé et le suivi médico-social dont les données doivent être partagées entre les professionnels de santé afin de servir la coordination, la qualité et la continuité des soins, et les traitements prescrits. « La définition la plus concise et la plus juste est la suivante : il s’agit d’une plateforme de services numériques à l’attention des professionnels de santé pour leur usage dans l’intérêt des patients », résume, en appuyant sur chacun des mots, Hervé Barge, directeur Général de l’agence nationale e-santé. Les systèmes d’information et de télémédecine ne lui sont pas inconnues. Avant de rejoindre Luxembourg, ce spécialiste français de l’ingénierie médicale a été directeur des systèmes d’information de santé de l’ARS Franche-Comté.
L’aventure luxembourgeoise l’enthousiasme. Alors que le DSP ne couvre aujourd’hui que 5 % de la population du Grand-Duché, soit 22 500 dossiers actifs (« Nous sommes dans la phase pilote », dit Hervé Barge), le développement est exponentiel : le directeur de l’agence e-santé estime que le système devrait être généralisé en 2018 et couvrir l’intégralité du Luxembourg et des territoires limitrophes ! Mais déjà, 50 % des patients atteints de maladies chroniques ont des dossiers activés et 50 % des médecins généralistes de Luxembourg sont des médecins référents du DPS. Ce qui constitue, pour Hervé Barge, un réel succès !

Le second signal d’une réussite de l’opération se placerait sur le terrain de la prévention. En renforçant la sécurité sanitaire par la transmission des informations médicales, cet outil de coordination des soins autorise la prévention dans la survenue d’une autre pathologie : « les bonnes pratiques nourries par les bonnes informations, dit Hervé Barge, participent d’une prévention secondaire qui améliorent la santé du patient, et qui permet de prévenir d’autres incidents, d’autres maladies, une deuxième maladie. » La prise en charge du patient par le transfert de données permet ainsi d’éviter des hospitalisations voire même des décès. « Nous sommes avec le DPS sur du curatif, mais également sur du préventif. Ainsi, pour lutter contre les risques iatrogéniques, il est nécessaire de récupérer les informations du curatif. La prévention passe par cette démarche. Nous ne faisons pas de la prévention pure et dure, comme donner des conseils (mieux manger, faire du sport), nous améliorons la prise en charge du patient pour le transfert de données afin d’éviter des accidents plus graves. » En oncologie, par exemple, l’oncologue travaille en équipe pluridisciplinaire : il doit discuter avec le radiothérapeute, le chimiothérapeute, le chirurgien afin qu’une proposition thérapeutique soit proposée au patient. « C’est là où nous intervenons. Le préventif s’exerce au moment où le médecin qui a les bonnes informations pourra orienter le patient vers un peu plus de prévention. »
Car, la prévention c’est d’abord d’éviter une maladie, et c’est en cela aussi que le Dossier de Soins Partagé constitue un enjeu clé pour les patients et les soignants au service de la qualité et de la sécurité des soins.

Luc Jacob-Duvernet

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