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Interview pour l’Argus de l’Assurance : Franck Droin, Ancien Directeur Général chez SAHAM Finances

Propos recueillis par Marie CADOUX
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Franck Droin, directeur général chez Saham Finances

Le nouveau directeur Health Care Management Services et Third Party Administrator (tiers-gérance) du Marocain Saham Finances explique les enjeux de cette activité en Afrique, notamment pour l’accès à l’offre de soins.

Vous venez d’arriver à Casablanca pour prendre la direction de l’activité tiers-gérance santé au sein du groupe Saham Finances. Quelle sera votre mission ?
Dans les vingt dernières années, j’ai toujours travaillé dans le secteur de la santé. Un sujet en particulier a orienté très tôt mon parcours professionnel : le risque santé en lien avec l’organisation de l’offre de soins. Je suis persuadé que l’on ne peut pas travailler sur le risque santé en mettant de côté l’organisation de l’offre de soins, ou en la considérant seulement comme une source de coût, voire de fraude. Cette vision est également celle du groupe marocain Saham Finances qui, dans les pays d’Afrique où il est présent, veut accélérer le développement de son activité de tiers-gérance en matière de santé. Le groupe m’a proposé d’accompagner ce développement.

Quelles sont ses ambitions de Saham Finances dans l’assurance santé ?
Après avoir racheté l’assureur panafricain Colina en 2011, Saham Finances est désormais présent dans une vingtaine de pays du continent. L’assurance santé se développe très fortement et se situe même dans certains pays à la première place dans la branche non-vie. Les besoins sont énormes. La demande émane à la fois des classes moyennes, soit à peu près 400 millions de personnes, mais également des entreprises qui investissent en Afrique. Il ne faut pas oublier que l’Afrique abritera un quart de la population mondiale en 2050.

Pour autant, le marché est compliqué à aborder. L’assurance santé est toujours considérée comme un produit d’appel qui permet de répondre à la demande des entreprises sur d’autres types d’assurances. Pendant longtemps, les assureurs ont considéré comme acceptable le fait que cette activité soit structurellement déficitaire. Toute la difficulté dans des pays marqués par la faiblesse des systèmes de protection publique et solidaire est d’arriver à proposer un service de qualité à un coût abordable. Dans ce contexte, la tiers-gérance est un enjeu de taille.

En France, plusieurs plates-formes santé interviennent dans les domaines du tiers payant et de la gestion des réseaux de professionnels de santé. Existe-t-il un modèle qui puisse être transposé en Afrique ?

Chaque pays présente ses spécificités en matière de santé. Rien qu’en Afrique, les situations sont bien différentes. Qui plus est, les questions de santé sont intimement liées à la culture et aux relations interpersonnelles. Une fois ce constat établi, il est évident qu’un certain nombre de conditions doivent être réunies pour la mise en oeuvre d’une activité de tiers-gérance. En France comme ailleurs, la dimension assurantielle, l’organisation et la qualité de l’offre de soins, ainsi que la mise en place de systèmes d’information en constituent les piliers fondamentaux. Les plates-formes développées en France sont d’un très bon niveau. En Afrique et au Moyen-Orient, l’hospitalisation (cliniques et hôpitaux publics) reste au coeur de nos préoccupations pour la maîtrise des risques. En France, c’est plutôt l’optique. Mais les lignes bougeront rapidement des deux côtés de la Méditerranée.

Quels peuvent être les obstacles au déploiement d’un outil de gestion de l’assurance santé ?
Il reste très difficile de faire converger dans un même espace des informations transmises par l’assuré, des données personnelles sur le patient communiquées par les professionnels de soins et également des informations sur l’assureur du risque. La tiers-gérance intègre cette notion de tiers de confiance. Les patients ou les usagers d’un dispositif de soins doivent être rassurés sur le fait qu’il n’y aura pas de mauvais usage de leurs informations personnelles. La plupart des modèles qui se développent acceptent cette transparence et doivent se montrer capables de gérer cette information, bien évidemment dans le respect de la loi et du consentement éclairé des patients. Cela reste partout vrai, y compris en Afrique et au Moyen-Orient.

L’absence de normalisation des échanges de données des patients peut constituer un autre obstacle. Dans des pays qui présentent des situations très différentes et face à une clientèle qui n’est pas toujours solvable, il est important d’arriver à travailler avec l’offre de soins, de faire progresser le débat sur les prix et la qualité des prestations.

Une filiale de tiers-gérance, loin d’être une centrale d’achats, doit aussi être perçue comme un outil qui favorise les échanges et le dialogue, y compris avec l’assurance maladie obligatoire et les autorités de régulation et d’évaluation lorsqu’elles existent.

Saham Finances, au travers de sa filiale Colina, a mis en place depuis dix ans une filiale de tiers-gérance en Côte d’Ivoire. Quel recul a-t-on sur son activité ?
Cette structure, qui gère un portefeuille de 300 000 bénéficiaires, dont seulement 25% sont des assurés de la compagnie Colina, prouve qu’une activité de tiers-gérance peut être rentable. Elle génère un chiffre d’affaires de 4 M$. L’expérience menée en Côte d’Ivoire a déterminé la vision du groupe en matière de tiers-gérance. L’effet de volume est indispensable. Pour se développer, le groupe Saham a compris qu’il fallait s’ouvrir à d’autres systèmes de protection, notamment les mutuelles. Je reste d’ailleurs persuadé qu’une activité de tiers-gérance peut être un outil au service du développement des systèmes solidaires de protection.

Mais d’un pays à l’autre, les contraintes opérationnelles, les législations différentes, les réseaux de soins plus ou moins développés ne compliquent-ils pas le déploiement de tels dispositifs ?
Bien sûr. Mais justement, en l’absence de standards de qualité en matière d’offre de soins, la tiers-gérance a un rôle d’autant plus important à jouer. Saham Finances détient une réelle expertise en la matière, et dispose d’un système d’information, notamment grâce à son partenariat conclu avec Cegedim Activ en janvier 2013. Reste à trouver le modèle économique pour un déploiement à une plus grande échelle.

Après l’expérience ivoirienne, dans quels pays Saham finances pourrait-il mettre en place une structure de tiers-gérance ?
Au Maroc, un dispositif est sur le point d’être rendu opérationnel. Il doit s’ouvrir à d’autres compagnies d’assurances et aux mutuelles également. Pour fonctionner, on doit créer du volume afin de réduire le coût de gestion unitaire réparti sur une plus large assiette. L’articulation avec l’assurance maladie obligatoire semble assez naturelle. Nous sommes dans une situation assez proche de ce que nous connaissons en France. Le choix du Maroc n’est pas le fruit du hasard. Cnia Saada, la compagnie d’assurances marocaine de Saham Finances, est le premier assureur santé du pays. C’est un partenaire idéal pour démarrer une activité de tiers-gérance.

On parle également de l’Angola et de l’Arabie saoudite. Où en sont ces projets ?
De gros investissements sont réalisés dans ces deux pays. En Angola, Saham Finances a finalisé l’acquisition, en novembre 2013, d’Angola Seguros, qui est le premier assureur privé du pays. La présence d’entreprises internationales accélère le développement de l’assurance santé. Certaines entreprises du secteur énergétique mettent en place des systèmes d’assurance privée, favorisant un accès direct à l’offre de soins. L’activité de tiers-gérance, en jouant un rôle d’articulation entre ces entreprises et l’offre de soins, va prendre tout son sens dans ce pays. Il est encore trop tôt pour parler des projets en Arabie saoudite. Mais une chose est sûre, la dynamique est enclenchée.

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