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La mise en place des systèmes de protection sociale par les assureurs privés – Afrique

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Adama Ndiaye, président de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines

Adama Ndiaye, président de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines revient pour Kaissa sur les mutations en cours qui s’opèrent dans la zone Cima (Confédération interafricaine des marchés d’assurances) en matière de protection sociale. Entretien.

La Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (Fanaf) a organisé du 24 au 26 juin 2015 à Abidjan en Côte d’Ivoire un symposium sur la protection sociale africaine. Quel rôle les assureurs privés africains peuvent-ils jouer dans ce domaine ?

Depuis près d’une dizaine d’années, les gouvernements africains ont pris un certain nombre de décisions relatifs, soit à la mise en place de couvertures maladie universelles, soit à la refonte de leurs systèmes de protection sociale. Ces initiatives s’inscrivent dans la droite ligne des recommandations de la Banque Mondiale et du Bureau International du Travail qui poussent les Etats à renforcer les filets de protection sociale pour lutter efficacement contre la pauvreté et accélérer l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
Cependant, dans la mise en place de ces systèmes et régimes, l’assurance privée n’a pas été associée à la réflexion et pourrait subir de ce fait les contrecoups de réformes, parfois bâclées et insuffisamment financées qui pourraient avoir un impact négatif sur le développement de l’assurance privée dans la sous-région. Il est important donc d’amorcer la réflexion sur cette épineuse question. Ce fut l’objet du symposium qui vient de se tenir à Abidjan. A l’occasion de la 39ème assemblée générale de la Fanaf qui s’est réunie du 16 au 20 février 2015 à Antananarivo (Madagascar), le bureau de la Fanaf a par ailleurs été mandaté pour recueillir le maximum d’informations sur les différentes visions, en vue de favoriser des échanges d’expériences et d’informations, sur ce sujet, avec des systèmes jugés plus matures en Afrique et ailleurs.

Quels sont les mutations en cours opérées par les différents Etats de la zone Cima en matière de protection sociale?

Les mutations en cours s’articulent essentiellement autour de la couverture retraite et de l’assurance maladie universelle. Dans des pays comme le Gabon et le Sénégal, l’octroi de « bourses de sécurité familiale », en faveur des ménages les plus démunis est en train d’être expérimentée.
En matière de couverture retraite, les mutations s’articulent autour du relèvement de l’âge de départ à la retraite et de la mise en place d’un second palier obligatoire de retraite par capitalisation, dont la gestion serait confiée à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (cas de la Côte d’Ivoire) ou à des fonds privés de pension (cas du Sénégal). S’agissant de la couverture maladie, la tendance est à la mise en place de caisses nationales d’assurance maladie, comme dans le cas du Gabon, du Togo ou de la Côte d’Ivoire pour garantir des prestations maladie obligatoires de base à toutes les populations, l’assurance privée ne pouvant intervenir, dans ce système, qu’en complément des prestations de ces caisses ou mutuelles.
Ces initiatives ont, toutefois, été prises, en minimisant des facteurs clés de réussite tels que l’insuffisance ou le mauvais état des infrastructures de santé, la cherté des prestations relatives aux pathologies lourdes et aux maladies chroniques, la logistique nécessaire à la prise en charge ou au remboursement des prestations dans des délais raisonnables et pour des montants acceptables. Dans ce contexte, malgré l’obligation légale de s’affilier à ces caisses, le recours à l’assurance privée reste indispensable.

Quelle est l’importance de l’assurance santé dans cette zone de l’Afrique et ses perspectives de développement?

Le chiffre d’affaire de la branche santé a atteint 148,32 milliards de F CFA en 2013 (300 millions de dollars environ), correspondant à 22,6% des émissions non vie. L’année précédente, il se situait à 128,33 milliards de F CFA (256 millions de dollars) et représentait 21,9% des émissions. Il connait une progression moyenne de 15,6% en 2013 dans la zone Cima où tous les marchés, à l’exception de Mali et de la République centrafricaine, sont en croissance.
Les perspectives de développement n’ont jamais été aussi ouvertes, malgré la mise en place de couvertures maladies universelles, dans beaucoup de pays. Car les structures étatiques mises en place n’ont ni la logistique, ni le savoir-faire nécessaires à la gestion de cette couverture de masse, ce qui les oblige à s’appuyer sur les sociétés de gestion maladie qui sont souvent des filiales de grands courtiers ou de groupes d’assurances.
Par ailleurs, l’urbanisation croissante de l’Afrique induit des changements d’attitude qui font naitre de nouveaux besoins en matière d’assurance des particuliers, en général et d’assurance maladie, en particulier. Conscientes de ce nouveau vivier, les assureurs déploient des stratégies pour capter cette demande solvable en mettant, notamment, sur le marché, des produits légers et aptes à répondre à cette demande.

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